L'ALLIANCE DANS LA LUTTE INTELLECTUELLE

 

Le racisme de Darwin et le colonialisme

Le professeur Adam Sedgwick, un proche ami de Darwin, est l’un de ceux qui avaient prédit les dangers que la théorie de l'évolution provoquerait. Il a remarqué, après la lecture et la digestion de The Origin of Species, que "si ce livre se faisait accepter par l’opinion publique générale, il mènerait à un abrutissement de la race humaine sans précédent". (A.E. Wilder-Smith, Man's Origin Man's Destiny, The Word for Today Publishing, 1993, p.166)

Et, en effet, le temps a donné raison à Sedgwick. Le 20ème siècle a depuis pris sa place dans l'histoire de l’homme en étant considéré comme un âge sombre où les gens se sont faits massacrer pour leur race ou origine ethnique.

Bien sûr, la discrimination et l'éradication basées sur de telles notions existaient longtemps avant Darwin. Cependant, le darwinisme a offert une fausse respectabilité et légitimité scientifique à cette discrimination.

"La conservation des races favorisées"

La plupart des darwinistes prétendent aujourd'hui que Darwin n'a jamais été raciste. Ils disent que les racistes ont extrapolé d’après les idées de Darwin d’une façon biaisée afin de soutenir leurs propres vues. Ils affirment que le sous-titre "la conservation des races favorisées" du livre The Origin of Species, n’est applicable qu’aux animaux. Cependant, ceux qui avancent cette assertion semblent ignorer ce que Darwin dit dans son livre au sujet de la race humaine.

Dans ce livre, Darwin avance que les races humaines représentent les différentes étapes de l’évolution et que certaines races ont évolué et progressé plus que d’autres. Certains humains seraient ainsi proches des singes.

Darwin prétendit que "le combat pour la survie" était applicable aux races humaines. "Les races favorisées" sortiraient victorieuses de cette lutte. Selon Darwin, cette race favorisée était celle des européens blancs. Les races asiatiques et africaines, elles, seraient restées en arrière dans le combat pour la survie. Mais Darwin alla encore plus loin et prétendit que ces races perdraient bientôt complètement le combat mondial pour la survie et disparaîtraient:

Dans le futur, les races humaines civilisées vont certainement exterminer et remplacer les races sauvages du monde entier. Les singes anthropomorphes seront alors sans doute aussi exterminés. La rupture entre l'homme et ses alliés les plus proches sera alors plus large. Elle séparera les hommes civilisés, (encore plus civilisés que le Caucasien, nous l’espérons) des singes comme le babouin, plutôt que de séparer, comme aujourd’hui, le nègre ou l'australien du gorille.

(Charles Darwin, The Descent of Man, 2ème édition, New York, A L. Burt Co., 1874, p. 178)

Dans un autre chapitre de The Origin of Species, Darwin prétendit qu'il était nécessaire que les races inférieures disparaissent et qu’il n’était pas du tout nécessaire que les peuples développés essayent de protéger les faibles ou de les maintenir vivants. Il compara cette situation à celle des éleveurs d’animaux reproducteurs:

Les sauvages, les faibles de corps ou d’esprit seront bientôt éliminés; ceux qui survivront possèderont généralement un état de santé vigoureux. Cependant, nous, les hommes civilisés, nous faisons tout notre possible pour freiner le processus d'élimination car nous construisons des asiles pour l'imbécile, le mutilé et le malade; nous passons des lois d'assistance publique; et nos médecins prouvent leur extrême habileté en cherchant à sauver la vie de chaque malade. Il existe une raison pour croire que la vaccination a sauvé des milliers de personnes qui auraient autrement succombé à la petite vérole. C’est ainsi que les membres faibles des sociétés civilisées parviennent à propager leur genre. Quiconque s'est occupé un jour de l'élevage d’animaux domestiques ne peut douter de la conséquence hautement nuisible que cela engendrera à la race humaine.

(Charles Darwin, The Descent of Man, 2ème édition, New York, A L. Burt Co., 1874, p. 171)

Comme nous l’avons vu, dans son livre The Origin of Species, Darwin considéra les aborigènes d'Australie et les nègres comme étant autant développés que des gorilles. De plus, il en défendit aussi l’extermination. Quant aux autres races "inférieures", il maintint qu'il était essentiel d’en empêcher leur multiplication et, ainsi, de favoriser leur extinction. Le racisme et la discrimination que nous rencontrons encore aujourd’hui ont été approuvées et justifiées de cette manière par Darwin.

De plus, selon Darwin, comme nous le verrons, le devoir de l'"homme civilisé" est d’accélérer cette période évolutionniste. Dans un tel contexte, il n'existait aucune objection "scientifique" à ce que les races qui allaient de toute façon disparaître soient supprimées.

Le racisme de Darwin est présent dans la plupart de ses écrits et observations. Il a par exemple ouvertement exposé ses préjugés racistes en parlant des indigènes de Tierra del Fuego (Argentine) qu'il a eu l’occasion de voir lors d'un long voyage commencé en 1871. Il les a décrits comme étant des créatures vivantes "complètement nues, submergées de teintures, mangeant ce qu'ils trouvaient tout comme des animaux sauvages, incontrôlables et cruelles envers tous ceux qui ne font pas partie de leur tribu, prenant plaisir à torturer leurs ennemis, offrant des sacrifices ensanglantés, assassinant leurs propres enfants, maltraitant leurs femmes, et adeptes de superstitions gênantes".

Cependant, le chercheur W. P. Snow, qui visita la même région dix ans auparavant, en présenta une image très différente. Selon Snow, les indigènes de Tierra del Fuego étaient "des gens délicats d’apparence puissante; ils aimaient leurs enfants; certains des objets qu’ils fabriquaient étaient ingénieux; ils reconnaissaient un certain droit de propriété et ils acceptaient de se soumettre à l'autorité de certaines femmes âgées". (Godfrey Lienhardt, Social Anthropology, Oxford University Press, p. 11)

Comme ces exemples le prouvent, Darwin était raciste. En fait, d’après Benjamin Farrington, auteur du livre What Darwin Really Said (Ce que Darwin a vraiment dit), Darwin a fait beaucoup plus de commentaires concernant "les grandes différences entre hommes de races distinctes" dans son livre The Descent of Man (La descendance de l'homme). (Benjamin Farrington, What Darwin Really Said, Londres: Sphere Books, 1971, pp. 54-56)

En outre, la théorie de Darwin a poussé l'homme à oublier qu’il avait été créé par Dieu, et que tous les hommes avaient été créés égaux. C'est un des facteurs qui explique la montée du racisme et l'accélération de son acceptation mondiale. Le scientifique américain James Ferguson énonce ainsi le lien étroit qui existe entre le rejet de la création et la hausse du racisme:

La nouvelle anthropologie est bientôt devenue un contexte théorique entre deux écoles de pensée opposées quant à l'origine des hommes. La plus anciennement établie prônait le "monogénisme", soit la croyance que l'humanité entière, sans tenir compte de la race ou d'autres caractéristiques, descendait directement d'Adam; ceci n’est rien d’autre que l'acte unique de la création de Dieu. Le monogénisme fut promulgué par l'Eglise et accepté universellement jusqu'au 18ème siècle. Ensuite, le rejet de l'autorité théologique a commencé à alimenter la théorie rivale appelée "polygénisme" (la théorie de l'évolution) qui soutient que les communautés de races distinctes ont des origines différentes. (James Ferguson, "The Laboratory of Racism", New Scientist, vol. 103, septembre 1984, p. 18)

L’anthropologiste indienne Lalita Vidyarthi indique comment la théorie de l'évolution de Darwin a fait que le racisme soit accepté en tant que concept par les sciences sociales:

La théorie de la survie des mieux adaptés a été chaleureusement accueillie par les savants des sciences sociales de l’époque. Ils ont accepté l’idée que l'humanité ait traversé divers stades d'évolution dont le point culminant est la civilisation des blancs actuelle. Dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, le racisme a été accepté comme un fait par une grande majorité des scientifiques occidentaux. (Lalita Prasad Vidyarthi, Racism, Science and Pseudo-Science, Unesco, France, Vendôme, 1983. p. 54)

Les darwinistes se sont alors engagés dans une grande lutte pour prouver les vues racistes de Darwin. Pour atteindre ce but, ils n'ont pas hésité à inventer des tromperies scientifiques. Ces mensonges une fois démontrés, ils espéraient avoir scientifiquement prouvé leur propre supériorité et leur "droit" d'opprimer, de coloniser et d’exterminer, s’il le faut, d’autres races.

Dans le troisième chapitre de son livre The Mismeasure of Man, Stephen Jay Gould indiqua que certains anthropologues falsifiaient leurs données pour prouver "la supériorité" de la race blanche. Selon Gould, la méthode la plus employée était la falsification de la dimension cérébrale des crânes fossilisés trouvés. Dans son livre, Gould mentionne que beaucoup d'anthropologues avaient assumé que la dimension cérébrale avait un rapport avec l'intelligence, et avaient intentionnellement exagéré la taille des crânes caucasiens et sous-estimé la taille des crânes des noirs et des indiens. (David N. Menton, Ph.D., The Religion of Nature: Social Darwinism, St. Louis Metro Voice, septembre 1994, vol. 4, no. 9)

Dans son livre, Ever Since Darwin (Depuis Darwin), Gould décrivit les outils incroyables utilisés par les darwinistes afin de démontrer que certaines races étaient inférieures.

Haeckel et ses collègues ont aussi invoqué la récapitulation pour affirmer la supériorité raciale des blancs d'Europe du Nord. Ils sont partis à la recherche de preuves anatomiques et de comportement humain en se servant de tout ce qu'ils ont pu trouver, des cerveaux aux nombrils. Herbert Spencer écrivit que "les capacités intellectuelles du non-civilisé… ne sont pas plus évoluées que celles se trouvant chez les enfants du civilisé". Carl Vogt l'a dit d’une manière plus explicite en 1864: "Les capacités intellectuelles d’un adulte de couleur noire sont comparables à celles d'un enfant… Quelques tribus ont certes fondé des petits états possédant une organisation particulière. Pourtant, en ce qui concerne tout le reste, nous pouvons sans risque affirmer que cette race entière n'a rien réalisé de progressiste et de valable pour l'humanité ou rien n’étant simplement digne de conservation ni dans le passé, ni dans le présent." (David N. Menton, Ph.D., The Religion of Nature: Social Darwinism, St. Louis Metro Voice, septembre 1994, vol. 4, no. 9)

L'anatomiste français Etienne Serres a par exemple vraiment soutenu l’idée que les mâles noirs étaient primitifs parce que leurs nombrils se trouvaient à un niveau inférieur de celui des blancs.

L'évolutionniste Havelock Ellis, un contemporain de Darwin, a soutenu ce concept de races supérieures et inférieures par une explication soi-disant "scientifique":

L'enfant de race africaine est, à la naissance, à peine moins intelligent que l'enfant européen. Pourtant l'africain devient plus il grandit stupide et obtus et puis toute sa vie sociale tombe dans un état de routine bornée. De son côté, l'Européen conserve la plupart de sa vivacité enfantine. (Stephen Jay Gould, Ever Since Darwin, W. W. Norton & Company, New York 1992, p. 220)

L'anthropologue darwiniste français Vacher de Lapouge a suggéré, dans son travail intitulé Race et milieu social essais d'anthroposociologie (Paris 1909), que les races non-blanches descendaient de sauvages qui n'avaient pas appris à se civiliser et qu’ils étaient les représentants dégénérés des classes de sang mixte. Il proposa de mesurer la taille des crânes des classes supérieures et inférieures présentes dans un des cimetières de Paris. D’après ses conclusions, certaines personnes étaient enclines, en raison de la taille de leur crâne, à être riches, sûres d'elles-mêmes et libres alors que d’autres étaient vouées à être conservatrices, à se contenter de peu, à posséder en quelque sorte toutes les qualités nécessaires d'un bon domestique. Les différentes classes étaient donc le produit de la sélection sociale. Les classes supérieures de la société correspondaient aux races supérieures, leur degré de richesse étant proportionnel à la taille de leur crâne. Lapouge déclara plus tard: "Je pense que dans les années à venir, les gens s’entretueront pour la forme de leurs têtes, qu’elles soient rondes ou pointues." (Alaeddin Senel, Irk ve Irkçilik Düsüncesi, Ankara: Bilim ve Sanat Yayinlari, 1993, pp. 67-68) Cette prophétie s'est réalisée, le 20ème siècle ayant été témoin de nombreux massacres justifiés au nom du racisme…!

L’effet ne s’est pas limité aux anthropologues; les entomologistes (ceux qui étudient les insectes) se sont aussi embarqués dans le chemin tracé par Darwin. Donnons l’exemple d’un entomologiste anglais qui, en 1861, est arrivé à la conclusion, après avoir rassemblé différents poux vivant sur le corps de personnes dans différentes parties du monde, que les poux se nourrissant d'une race ne pouvaient pas vivre sur le corps d'une autre race. Considérer cette affirmation comme étant scientifique nous semble aujourd’hui tout à fait ridicule. (Thomas Gossett, Race: The History of an Idea in America, Dallas: Southern Methodist University Press, 1963, p. 81 cité par Alaeddin Senel dans Irk ve Irkçilik Düsüncesi, Ankara: Bilim ve Sanat Yayinlari, 1993, p. 68) Considérant que des scientifiques ont pu faire de telles remarques, il n'est pas surprenant que les racistes dogmatiques aient employé des slogans tels que "même les poux des nègres sont nègres" qui sont illogiques, absurdes et complètement insignifiants.

En bref, le côté raciste de la théorie de Darwin a trouvé un terrain très fertile dans la deuxième moitié du 19ème siècle. A cette époque, "l'homme blanc" européen cherchait alors encore une théorie pour justifier ses propres crimes.


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